Une critique qui revient souvent concernant le Weekly Shonen Jump (magazine dans lequel ont été publiés Dragon Ball, One Piece, etc.) est son manque d’innovation. Selon certains, le magazine peine à se renouveler : les nouveaux mangas se succèdent, se ressemblent et, pour la plupart, échouent. Difficile donc aujourd’hui de tirer son épingle du jeu et de proposer quelque chose de novateur qui fonctionne dans ce magazine, qui reste pourtant la référence en termes de shonen. Difficile, oui, mais pas impossible.

Le 21 novembre 2020, lorsque le premier chapitre de Sakamoto Days sort, tout laisse à penser que ce sera un gag manga sympathique sur fond d’histoire d’assassin parodique. Le scénario parle de lui-même : Sakamoto, l’ancien plus grand assassin de tous les temps, est tombé amoureux, s’est marié, a eu une fille et est devenu gros. Il vit une vie calme et heureuse dans une petite supérette, jusqu’au jour où son passé d’assassin le rattrape.

Un manga qui change donc un peu des éternels shonen nekketsu où un jeune garçon plein de rêves veut atteindre son objectif tout en affrontant des rivaux, mais un manga assez peu ambitieux. Des gags mangas, il y en a eu dans le Shonen Jump, mais ce sont rarement eux qui ont mené le magazine en termes de ventes et de classements. My Hero Academia, Jujutsu Kaisen et même l’interminable One Piece sont tous plus proches de la fin que du début, et le magazine, aujourd’hui bien loin des heures de gloire du Big 3, cherche une nouvelle génération pour remplacer ses anciens succès. Et rien ne laisse penser que Sakamoto Days pourrait faire partie de cette génération. Un manga sympa, oui, sans plus. Et pourtant.
Assez rapidement, des signes apparaissent : des planches d’action très inventives, une mise en scène badass et une action qui prend de plus en plus de place. La véritable intrigue du manga se dévoile, et l’histoire prend un virage vers un ton plus sérieux. De plus, les couvertures des différents tomes ont un style impactant : en mettant un personnage avec ses armes dans une pose charismatique et en jouant sur la perspective, l’auteur, Yuto Suzuki, donne terriblement envie de lire son manga.



Lors d’un arc, celui des ‘condamnés à mort’, le manga achève son tournant et devient un véritable manga d’action. Oubliez John Wick, oubliez Bruce Lee et tous les autres : l’action la plus inventive, les chorégraphies les plus surprenantes et la mise en scène la mieux pensée pour les mettre en valeur, tout ça, c’est dans Sakamoto Days.



L’inventivité est peut-être l’adjectif qui décrit le mieux ce manga. Dans Sakamoto Days, tout peut devenir une arme : un passeport, une boule de pétanque ou encore une machine à IRM (oui, oui). Ajoutez à cela le trait nerveux de l’auteur, son don pour la perspective et sa manière unique de dessiner les drapés, et vous obtenez un style inédit qui en met plein les yeux à chaque chapitre.



En plus de cela, l’humour, bien que moins présent, reste toujours aussi efficace. Le scénario est bien ficelé, les twists fonctionnent, le suspense est au rendez-vous, les morts sont impactantes, et les personnages sont tous vraiment attachants.
Ainsi, avec un concept et un scénario qui s’éloignent beaucoup de ce que l’on avait l’habitude de voir ces dernières années dans le Jump, Yuto Suzuki a réussi à imposer sa marque de fabrique et à tirer son épingle du jeu. Avec un succès d’estime au départ, le manga est petit à petit monté dans les classements des fans et affiche aujourd’hui des ventes plus que correctes. Même si on est loin des dizaines de millions d’exemplaires vendus par Demon Slayer ou Jujutsu Kaisen, Sakamoto Days compte désormais plus de 7 millions d’exemplaires en circulation. Et ce, sans adaptation en anime.

Cette adaptation, qui a mis du temps à être annoncée, a finalement été révélée le 2 juin 2024 et est prévue pour le 11 janvier 2025. Produite par le studio TMS Entertainment, elle sera peut-être le dernier coup de pouce qu’il manquait à Sakamoto Days pour entrer dans la ‘cour des grands’. On connaît l’impact qu’un anime peut avoir sur les ventes d’un manga, et on croise les doigts pour que cet anime vienne booster les ventes de cette pépite !
Le manga est disponible en France chez Glénat, et 15 tomes sont déjà parus !
