
Combien d’entre vous se sont déjà dit qu’ils parlaient un peu japonais simplement parce qu’ils regardent beaucoup d’animés ?
Eh bien, je suis navré de vous apprendre que ce petit bout de japonais que vous avez appris ne vous servira pas à grand-chose dans la vraie vie.
En revanche, si un jour vous vous retrouvez dans un monde d’animé, là, ça pourrait effectivement vous être utile.
Blague à part, le japonais est une langue complexe, et tellement différente de la nôtre qu’il est évidemment nécessaire de prendre des cours pour vraiment apprendre à la parler.
Ce qui est intéressant, en revanche, c’est que le japonais que l’on entend dans les animés est bien différent de celui utilisé par les Japonais au quotidien.

La caractérisation et l’expressivité sont très marquées dans les mangas et les animés. On préfère souvent l’exagération à une représentation réaliste. Pour renforcer l’identité d’un personnage, on va par exemple lui faire adopter un langage très marqué : un aristocrate ou un bourgeois parlera en keigo (langage honorifique), même si ce n’est pas toujours le cas dans la vie réelle.
Parfois, on va même jusqu’à inventer des expressions uniques, comme le célèbre Dattebayo de Naruto, qui ne veut rien dire en soi mais participe à l’identité du personnage.

Par ailleurs, le langage utilisé dans un animé varie aussi en fonction de l’époque à laquelle se déroule l’action.
Par exemple, si l’histoire se passe pendant l’ère d’Edo ou dans un univers médiéval fantastique, on adoptera un vocabulaire plus littéraire, voire archaïque, pour coller à l’ambiance et au contexte historique.

Les pronoms en japonais sont également très variés, bien plus qu’en français.
Dans les animés, on retrouve parfois des pronoms pour dire « je » ou « tu » qui sont très rares, voire totalement inutilisés dans la vie quotidienne.
Il en va de même pour certains mots ou tournures de phrases qui, s’ils sont courants dans les dialogues d’animés, ne le sont pas du tout dans le japonais parlé au quotidien. Ces choix sont souvent faits pour renforcer un effet de style ou différencier les personnages lors du doublage.

Même dans les animés de type slice of life ou school life, censés représenter des scènes du quotidien, les situations sont souvent romancées et exagérées — et il en va de même pour le langage.
Le japonais parlé au quotidien est en réalité bien plus sobre, nuancé et moins théâtral que celui des animés, qui tend à être simplifié et amplifié pour les besoins de la narration.
S’exprimer de cette manière dans la vraie vie donnerait un effet très artificiel, voire étrange, à ce que vous essayez de dire.
En résumé, le japonais des animés est plus théâtral : il est exagéré, caricatural, et conçu pour l’impact.
Essayer de s’adresser à un Japonais en parlant comme un personnage d’animé reviendrait un peu à s’adresser à un Français comme si vous jouiez dans un vaudeville.
Ça reste du japonais, oui — mais pas celui qu’on utilise dans la vraie vie.
