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L’histoire d’un genre : Le shonen nekketsu

On entend souvent parler aujourd’hui du genre « Shonen Nekketsu ». En réalité le Shonen Nekketsu n’est pas à proprement parler un genre, mais il correspond en effet à un type bien particulier de manga, qu’on pourrait considérer comme un genre.

Le « Shonen » est une cible éditoriale, un manga shonen est destiné à un public de jeunes adolescents masculin dont l’âge peut aller de 10 à 18 ans (shonen étant la traduction littérale de « jeune garçon »). Le « Nekketsu » de son côté est un procédé narratif, une sorte de schéma à suivre. Donc, lorsqu’on parle de Shonen Nekketsu, on parle des mangas destinés à un public de jeunes garçons suivant le schéma narratif du Nekketsu. Si ce terme est aujourd’hui aussi populaire, c’est parce que ce « genre » regroupe des Å“uvres parmi les plus populaires de l’histoire du manga.

Mais quel est donc le schéma narratif du Nekketsu ? Et d’où vient-il ? Le Nekketsu (pouvant être traduit par « Sang chaud ») trouve ses origines dans le Japon des années 1930. Durant ces années-là on incitait les jeunes à lire des « Nekketsu Shôsetsu » qu’on traduit par « Histoires aux sang bouillant ». Ces histoires avaient pour but de créer un sentiment patriotique, de devoir chez les jeunes japonais. Une origine un peu sombre de propagande donc, mais les vraies premières Å“uvres Nekketsu n’arriveront qu’après la guerre.

Après la guerre, sous influence américaine le côté nationaliste disparaît au profit de l’esprit sportif. Très rapidement donc, c’est le sport qui devient le thème principal de toutes ces histoires. On peut prendre ainsi l’exemple de Takamori Asao et son chef-d’œuvre Ashita no Joe. Mais même si le sport était de base le thème principal, les Nekketsu ont des thèmes qui varient beaucoup, allant du fantastique à la science fiction en passant par le manga de sport de combat.

Aujourd’hui le mangaka étant largement considéré comme le créateur du genre n’est autre que Osamu Tezuka, le « dieu du manga », avec son Å“uvre « la nouvelle île au trésor ». Ce manga publié en 1947 et s’inspirant très librement du roman de Stevenson se vendra à plus de 400 000 exemplaires, lançant ainsi la carrière de Tezuka et s’inscrivant comme le mètre étalon d’un genre qui va marquer le monde du manga et de la pop culture de manière plus générale.

Mais alors, si le Nekketsu est un schéma narratif, quelles sont ses caractéristiques ? C’est un schéma mine de rien assez précis et il y a des étapes que l’on retrouve presque dans chaque histoire.

Le héros naïf, honnête et innocent : Souvent orphelin ou à la recherche de parents perdus, le héros est un jeune garçon avec un rêve qu’il cherche à tout prix à accomplir. Ce rêve détermine souvent la direction de l’histoire qui s’articule autour du dépassement de soi et de la capacité du héros à surmonter les problèmes pour l’accomplir.

Le héros est doté de capacités ou pouvoirs hors du commun : Ces capacités ou pouvoirs sont dévoilés petit à petit au fur et à mesure de l’histoire, rendant notre héros plus fort et permettant d’avoir toujours une sensation de progression.

Les premiers ennemis deviennent les plus fidèles compagnons : Un des clichés les plus tenaces, dans l’affrontement le héros se découvre des amis dans ses rivaux/premiers adversaires, les exemples sont très nombreux. (Katsuki, Vegeta, Gaara…).

Un tournoi ou un examen à lieu à un moment de l’histoire : Permettant d’intégrer une organisation (leitmotiv revenant aussi beaucoup dans les nekketsus) ou simplement de mettre en scène des affrontements entre les différents protagonistes.

Avec ses compagnons, le héros lutte contre le mal : Les menaces qu’ils affrontent sont souvent d’envergure de plus en plus grandes. Les ennemis sont eux aussi de plus en plus forts, de plus en plus importants (permettant de faire un parallèle à la progression des pouvoirs du héros.

Le héros est à deux doigts de mourir ou d’échouer : Parfois plusieurs fois dans l’histoire, à chaque fois il arrive finalement à se relever à la seule force de sa volonté son « sang bouillant ». Parfois accompagnés d’une transformation ou de l’apprentissage d’une nouvelle technique, d’un nouveau pouvoir, ces moments se retrouvent la plupart du temps au climax des différents arcs.

Une ellipse intervient et fait basculer le récit : Souvent précédé d’un évènement traumatique, cette ellipse permet de changer le ton de l’histoire. Souvent le début des nekketsu est plus léger, humoristique, il devient ensuite plus sérieux et sombre après cette ellipse. Cette ellipse permet aussi souvent de faire progresser la puissance des protagonistes, et par extension, le niveau de menaces auquel ils vont devoir faire face.

Les valeurs défendues sont souvent les mêmes, la justice ou l’amitié en tête de proue, souvent incarnées par le personnage principal.

Aujourd’hui encore le Shonen Nekketsu représente le genre le plus populaire dans le monde du manga, comme en témoigne les chiffres de ventes records de Jujutsu Kaisen (30 millions d’exemplaires en 2021) ou Demon Slayer (80 millions d’exemplaires en 2020). De même, sur la liste des 23 mangas s’étant vendus à plus de 100 millions d’exemplaires, 13 peuvent rentrer dans la catégorie du shonen nekketsu, notamment le manga le plus vendu de tous les temps : One Piece.

Néanmoins, lorsqu’on lit cette description de ce genre, la première critique que l’on aurait envie de faire c’est de dire que ces histoires ont l’air assez répétitive et que leurs propos ont l’air d’être souvent les mêmes. Et… Et bien c’est un peu vrai.

Une fois qu’on a lu quelques Shonens Nekketsu, il devient assez simple de prévoir certains évènements dans les autres. On sait que le personnage principal à deux doigts de mourir va bientôt obtenir un « power-up », on sait que son premier adversaire va devenir son ami etc etc. D’ailleurs souvent, on remarque que plus quelqu’un est un lecteur aguerri de mangas, moins il continue de lire des Shonen Nekketsu pour s’intéresser à d’autres genres.

Est-ce que cela veut dire qu’il suffit d’en lire un pour tous les connaître et que tous les autres perdent leur intérêt ? Non.

Déjà, et il est bon de le rappeler, originalité n’est pas égale à qualité. Et inversement, une histoire classique n’est pas obligatoirement mauvaise. Ensuite, parce qu’il y a d’autres plaisirs dans la lecture de ces Å“uvres. Le système de pouvoir , les relations qu’entretient le héros avec les autres personnages, le développement de l’univers dans lequel ils évoluent. Tout cela est propre à chaque histoire.

De plus les auteurs s’amusent parfois à détourner les codes du genre pour créer des histoires plus originales et surprenantes. On peut ainsi prendre l’exemple de Yoshihiro Togashi (Hunter x Hunter, Yuyu Hakusho) ou de Hirohiko Araki (Jojo’s Bizarre Adventure).

Et puis un genre très codifié ça n’est pas forcément redondant, au contraire c’est même pour certains un plaisir que de retrouver ces codes qu’ils connaissent si bien. On peut au cinéma prendre l’exemple du genre « Slasher » qui avait un succès énorme dans les années 70/80 et où le plaisir n’était pas de savoir si les personnages allaient mourir, mais plutôt, comment ils allaient se faire tuer.

Aujourd’hui énormément de Shonen Nekketsu continuent de voir le jour chaque année. Des plus classiques comme des plus modernes qui tentent de renouveler le genre et tout le monde peut y trouver son compte. Ce qui est sûr c’est que ce genre a une histoire très riche remplies d’œuvres qu’on a parfois oublié où qui ont aujourd’hui encore droit à des sequels et des spinoffs, et qui ont un jour marqué leur époque.

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